© 2008 Emily Balivet - http://www.artmajeur.com/
La mort occasionne chez tout le monde un certain remue-ménage sans précédent. Les choses se passent comme si nous n’étions pas en mesure de pouvoir y faire face. Lorsque celle-ci arrive tard et fait suite à une maladie, nous devons être confrontés à plusieurs étapes. Nous avons d’abord la lente dégradation du corps de la personne malade qui nous rappelle sans cesse que cette personne fut en parfait état physique. Elle courait, jouait au basket, travaillait quinze heures par jour tout en était fier, accomplissait différentes tâches ménagères et pouvait regarder la télé sans avoir sommeil. Mais hélas aujourd’hui, le physique qui hier réalisait tant de choses ne répond plus. Bien au contraire, il fait défaut. La personne que nous avons crue si invincible n’est plus là.

Elle a du mal à marcher. Elle oublie ce qu’elle nous a dis deux minutes plus tôt. Il faut sans cesse lui redire les choses sinon il y a beaucoup de risques qu’elle ne s’en rappelle pas. Même aller aux toilettes devient dur. Elle y va et ne tire pas la chasse. Chose qu’elle n’aurait jamais fait autrefois. Devant la télévision, elle n’est plus en mesure de tenir plus de vingt minutes sans dormir. Nous la regardons en peine.

Où est-elle cette personne que nous mettions au sommet? Où est-elle cette invincibilité que cette personne dégageait sans arrêt? Pourquoi sommes-nous obliger de la voir dépérir ainsi? Cette personne n’a pourtant rien fait de mal alors pourquoi doit elle subir les assauts de la vie comme si celle-ci cherchait à se venger du fait qu’elle ait bien vécue et conformément aux règles prescrites par la société, par la famille et par l’entourage.

S’apercevoir de la différence entre “le avant” la maladie et le “pendant” la maladie est une déchirure. La douleur qu’elle provoque est totale et entière. Le chagrin qu’elle cause, on ne s’en remet que très rarement. Prendre conscience de ce phénomène est une tragédie que nous traversons sans savoir comment y faire face car nous sommes mal équipés pour avancer sur ce chemin. Nul ne nous a préparés à cette situation. Personne ne nous a dis que cela arriverait un jour et voilà comment il faudra s’y prendre.

Nous sommes seuls n’ayant que nos larmes pour compagnie lorsque ce drame se présente à nous. C’est alors que la religion devient une source de réconfort mais si nous regardons bien, elle n’enlève pas la peine que nous subissons tous les jours lorsque nous posons notre regard sur ce qui disparaît chaque jour un peu plus. Ce départ signale il faut bien le dire la fin d’une période ou la fin de quelque chose en nous.

Voir cette personne qui nous aimait s’en aller, c’est comme si l’amour que nous recevions jadis ne sera plus. C’est ainsi que cette pensé vient en nous: “qui nous aimera comme tu nous as aimé? Qui saura ce que je pense comme toi seule savait? Vers qui se tournera-t-on avec tant de confiance lorsque tu ne seras plus là? Que restera t il de toi? Que restera t il de nous quand tu seras parti? Vers qui me tournerais-je alors pour juste me sentir à l’aise ou en compagnie de quelqu’un qui n’a que des yeux d’amour pour moi?

Même s’il y a des gens autour de nous en permanence qui nous aiment, la réponse qui vient en filigrane derrière les questions précédente est généralement : « personne ». Il nous faudra faire sans comme beaucoup l’ont fait avant nous. Cela fait parti de la vie. Cependant, le drame est généralement total. Nous sommes subjugués par cette souffrance et nous faisons tout pour la réprimer, pour la cacher, pour l’éviter, pour passer le plus vite au travers sans la ressentir.

Si c’est le père ou la mère qui disparaît, c’est le fils ou la fille soutenu par ses parents que nous étions qui meurt en nous, si c’est le fils ou la fille qui disparaît, c’est la mère ou le père qui nourrissait son enfant qui n’est plus en nous, si c’est l’oncle ou la tante qui disparaît, c’est le neveu ou la nièce qui meurt en nous, si c’est le frère ou la sœur qui disparaît, c’est le frère ou la sœur avec qui nous jouions qui fait ces valises. Nous ne nous en remettons jamais. Qui sera en mesure de re-remplir nos cœurs après que ceux-ci furent vidés de l’amour de ceux qui les maintenaient en vie? Nous avons peur qu’une fois parti, leur présence s’en ira avec eux. Nous serons seuls.

Avec le départ de ces précieux êtres, c’est un peu de nous qui est appelé à disparaître un peu plus chaque jour. Nous voyons bien le caractère éphémère des choses de la vie et nous ne savons pas quoi faire. Cela a pour conséquence d’accroître nos passages à l’église et notre ferveur pour notre religion car nous voulons avoir le paradis. C’est la réponse qu’une bonne partie de nous donne à ce genre d’évènement. Mais est ce réellement cela la réponse? A qui mentons-nous si ce n’est à nous même?

Si l’on éprouve quelques bonheurs temporaires à y aller, cela ne doit pas masquer la peur que nous avons éprouvée lors de la décrépitude de l’être humain à laquelle nous avons assisté lorsque l’être chère s’en est allé. Cette peur est ce qui nous motive à aller à l’église avec encore plus de ferveur. Cependant, ne nous y trompons pas, la peur de notre propre mort ne nous fera pas croire au message de nos prophètes.

La peur de notre mort mêlée à la culpabilité que nous avons d’être en vie lorsque nos parents sont partis, additionné au ressentiment que nous avons de ne plus être près d’eux ne serait-ce qu’une fois, plus notre refus d’abandonner la douleur que nous avons éprouvée lorsque la personne aimée est morte, ne nous rapprochera pas des messages divins.

La culpabilité vient souvent aussi du fait que nous avons peur d’oublier la personne aimée. Ceci nous fait nous accrocher à la peine que nous avons ressentie le plus longtemps possible de peur que si cette peine s’en va aussi, nous n’aurons plus rien qui nous liera à la personne qui est morte. Cette réaction est au mieux inutile vis-à-vis de nous et vis-à-vis des morts. Elle porte en elle le risque de nous écraser et de nous en vouloir de ne plus souffrir. Au pire elle est le reflet de notre profond manque d’amour vis-à-vis de nous même. C’est la preuve que nous ne connaissons pas ce qu’est l’amour. Il y a une ignorance totale de ce qu’est l’amour qui apparaît lorsque nous sommes confrontés à la mort.

Au milieu de cette confusion qui est dans notre tête, comment pouvons nous prétendre nous rapprocher des messages que les prophètes ont laissés au travers les millénaires? Sans clarté à l’intérieur de nous, nous ne pouvons voir clair dans les messages envoyés par le Divin. Si nous ne sommes pas en mesure de nous voir, comment peut-on espérer voir autre chose? Lorsque nous sommes complètement confus en dedans, qu’espérons nous voir d’autres à part la confusion au dehors?

Sans clarification intérieure, il n’y aura point de clarification extérieure car tout ce que nous voyons en dehors n’est que le reflet de ce que nous sommes en dedans.

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